Les collections de l'école des Beaux-Arts

Maquette de l'école.
En rose le palais des études , en  vert le bâtiment des loges, en bleu la cour du mûrier et la chapelle, en jaune le bâtiment Perret avec la salle de Melpomène, en violet l’hôtel de Chimay et les ateliers. 
Plan  des collections jusqu'aux années 60
La cour du mûrier avec autour la reproduction des frises du Parthénon 
La chapelle en 1920.
A droite la chaire du baptistère de Pise ( tirée de la même empreinte que celle de la cast Courts du V & A
La chapelle aujourd'hui. Elle a été à peu près préservée.
Au fond la statue du Colleone
La cour couverte du palais des études vers 1900 avec les colonnes du Parthénon et du temple de Jupiter Stator à Rome hautes de 22m
Une galerie latérale  de sculpture
La cour vitrée en 1960.
Notez qu'il reste la fosse des colonnes 
La cour vitrée aujourd'hui, rénovée mais ayant perdu presque toutes ses sculptures. A droite Cesar Imperator  revenu en 2012 de Versailles.L'agence Neufville-Gayeta été chargée du réaménagement du Palais 
Les  peintures dans les salles latérales  à la salle Melpomène.
Les règles de l'académisme enseignées alors par l'école:

  • Respecter la hiérarchie des genres ( "grand genre" (histoire, sujets religieux, mythologie), "scènes de genre", portrait, paysage, nature morte)
  • Affirmer la primauté du dessin sur la couleur
  • Approfondir l'étude du nu
  • Privilégier le travail en atelier 
  • Réaliser des œuvres "achevées"
  • Imiter les anciens, imiter la nature 

La galerie de morphologie aujourd'hui.
Les jambes  sont celles de l'écorché de Houdon.
La bibliothèque en 1920. Elle fut créée en 1867 et contient des peintures de réception au prix de Rome.
L'admission à l'école se fait sur  l'exécution d'une étude de nu d'après modèle. Jusqu'en 1863 seul le dessin est enseigné mais les concours portent sur la peinture avec un sujet imposé (généralement tirés de la mythologie ou de la Bible).
Le prestigieux Prix de Rome permet un séjour de cinq ans à la Villa Médicis.
La bibliothèque aujourd'hui
Au  début du XIX e siècle les artistes étaient jugés par leurs pairs (en particulier par la très conservatrice Académie dont sont membres   les enseignants de l'école)
Aujourd'hui ils le sont par le marché (critiques, marchands, riches collectionneurs)
Seuls les scientifiques sont encore jugés par leurs pairs.

L'école des Beaux-Arts occupe l'emplacement du couvent des Petits-Augustins  fondé  par la Reine Margot  et bâti grâce à Anne d'Autriche.
C'est là que Lenoir créa le musée des monuments français rassemblant les débris des monuments détruits par la tourmente révolutionnaire. Le musée occupe l'église et les deux cloîtres.
En 1816 Louis XVIII disperse le musée et affecte le lieu à l'école des Beaux arts.
L'architecte Debret élève en 1820 le bâtiment des Loges et commence la construction du Palais.
C'est Duban, son beau-frère, qui va prendre sa suite et modeler l'architecture et l'esprit de l'école.
Duban était grand prix de Rome et y avait travaillé sur le portique d'Octavie, un petit monument de Rome qui était une école mais contenait aussi des copies de statues grecques - un musée pour les étudiants- .Il trouvera là l'inspiration pour bâtir les bâtiments de l'école.
Il va démolir le petit cloître du couvent, dégager les bâtiments des maisons qui les enserrent et reconstruire le grand cloître du mûrier.
L'école aura trois ensembles de bâtiments avec des fonctions différentes: autour du cloître les cours quotidiens et les services, le bâtiment des loges pour les concours et le palais pour le musée des études.
Le palais prend l'aspect d'un palais florentin et Duban couvre la cour par une verrière. C'est là qu'il installe des reproductions de statues antiques et des colonnes du Parthénon et du temple de Jupiter stator à Rome de 22 m de haut. Les galeries autour de la cour reproduisent les loges du Vatican avec des trompe-l’œil à la place des stucs et de nombreuses peintures de complément.
Le grand escalier présente sur ces murs un catalogue de tous les revêtements possibles (dont celui du baptistère de Florence), il mène à un amphithéâtre d'honneur où une grande peinture murale de Delaroche représente les artistes de tous les temps.
Dans la cour d"honneur se trouve le portique du château de Gaillon, vestige du musée des monuments français de Lenoir.
Duban forme une cour d'honneur en demi cercle et expose dans ses arcades des fragments d'architecture.
Dans le prolongement vers la rue  Bonaparte, on trouve à droite le portail d'Anet installé par Lenoir qui voulait mettre en vis à vis l'équivalent gothique.
L'arc de Gaillon vu du palais des études. Duban forme sa composition autour de l'arc. A gauche le portail d'Anet, à droite devait se trouver le portail d'une chapelle gothique   
Le portique du chateau de Gaillon avait été placé là en 1802 par Lenoir pour marquer l'entrée du jardin de vestiges nommé Elysée contenant les tombeaux d'Anne de montmorency, de Dagobert 1er , d'abélard et héloïse...
 Duban le laisse en place  pour former la limite  entre la cour d'honneur et la cour Bonaparte. 
En 1842 tout est à peu près terminé et on achète le terrain de l'ancien hôtel de Juigné sur le quai Malaquais où Duban construit un bâtiment contenant une salle d'exposition qui choque les contemporains par sa modernité.
Duban meurt en 1870.
En 1874 Ernest Coquart, successeur de Duban, transforme la cour intérieure du palais des études et la chapelle en musée des moulages  et en 1884 on achète l’hôtel de Chimay.
Après la deuxième guerre mondiale Perret construit des bâtiments autour de la salle Melpomène pour  des ateliers - qui n’existaient pas dans l'école !- (1)
1968 sera fatal aux moulages de la cour vitrée qui sont en partie cassés et disparaissent.
Les Beaux-Arts perdent alors l'enseignement de l'architecture (2). On élève  un bâtiment préfabriqué dans la cour d'honneur (3), puis à l'occasion du démontage du préfabriqué,  en 1977, on enlève le portail du château de Gaillon pour le transporter sur son lieu d'origine ou on le remontera peut être un jour.
Récemment la cour vitrée a été restaurée mais elle est toujours vide.
Un rapport de la cour des comptes de 2014 note "qu'en dépit de la ressource considérable de ses collections" , les activités de l'ENSBA en matière d'exposition et d'édition sont "confidentielles et déficitaires"
L'école fait appel au mécénat, elle a par exemple Ralph Lauren pour sponsor !

  1. Jusqu'à la réforme de 1863 - inspirée par Mérimée et Viollet le Duc- seul le dessin était enseigné à l'école, l’élève était donc tenu d'intégrer l'atelier d'un artiste installé  pour apprendre son art.
  2. Les Beaux-Arts étaient : peinture, sculpture, gravure et architecture. C'est principalement l’architecture qui fit la réputation de l'école (avant la guerre de 14). Malraux crée des écoles d'architecture (UPA puis ENSA). Malheureusement une école d'architecture indépendante reste "imbriquée" dans les bâtiments des Beaux-Arts, entraînant une complication  de gestion dont le site n'avait pas besoin. 
  3. Un nouveau préfabriqué, qu'on osa nommer "bâtiment Lenoir", fut construit en 2001 au Nord du palais des études pour abriter l'école d'architecture. Des Algecos sont revenus brièvement dans la cour d'honneur en 2006.

Le musée en 1920

Les collections de l'école débutent avec celles des académies royales  de sculpture et de peinture fondées en 1648, supprimées par la convention, rétablies sous Napoléon sous le nom d'école des Beaux-arts dans des salles du Louvre, puis à l'Institut.
La tradition voulait que chaque prix de Rome lègue une œuvre à l'école en plus des morceaux de réception.
En 1836 Louis Peisse, conservateur du "musée des modèles", obtient que le musée soit indépendant de l'école et veut que  des "morceaux choisis des chefs d’œuvre de tous les pays et de tous les ages ... qui conduiront sans lacune cette longue histoire figurée de l'art"
L'école constituera donc un musée pour les étudiants comprenant des originaux mais surtout des copies des œuvres célèbres.
Charles Blanc, directeur de l'école, tentera même de créer en 1873 un "musée des copies" au Palais de l'Industrie. Ce sera un échec et les copies reviendront à l'école.
Le musée de l'école se divisait en quatre parties:
  • Dans la cour d'honneur, la cour du mûrier  et le jardin se trouvait les fragments d'architecture française. Il s'agissait des restes du musée des monuments français de Lenoir tel l'arc de Gaillon.
    Le porche central de l'arc était surmonté d'une inscription qui remplaçait un  panneau représentant St Georges terrassant le dragon   (qui est peut être celui que  l'on peut voir au Louvre).
    Les murs des cours sont ornés de débris de sculpture de l’hôtel de la Trémouille, de Gaillon, d'Anet. Une grande vasque provient du lavabo des moines de St Denis.
    Autour de la cour du mûrier on a la reproduction de la frise des panathénées et le monument à Henri Regnault (peintre mort à 26 ans à la guerre de 1870).
    Dans la cour de l’hôtel de Chimay il y a les arcades provenant de l’hôtel de Torpanne (échafaudées de nos jours car dans un état lamentable)
  • Dans l'église on a les moulages de sculptures et des copies de peintures murales  principalement de la renaissance.
    Le jugement dernier de Michel Ange avait été copié par Sigalon et il y a aussi des peintures de Giotto, Pierro de la Francesca, Raphaël....
    La chapelles des louanges est consacrée à  Michel Ange avec le tombeau des Médicis de San Lorenzo, le monument inachevé de Jules II avec les esclaves, la Pièta, le faune, Bacchus ivre...
    Il y a aussi les portes des baptistères de Pise, de Florence et de Sienne, la reconstitution de la chaire de Nicola Pisano (XIVe siècle), des œuvres de  Lucca de la Robbia, Ghiberti,  Donatello, Goujon  mais aussi  Canova, Visher, Bouchardon...
  • Dans le palais se trouvait au rez-de-chaussée l'architecture et les sculptures antiques avec dans les galeries du premier étage  la copie des loges et des peintures française originales  ainsi que les morceaux de réception à l'académie.
    Au rez de chaussée on avait à L'Est le vestibule avec des statues grecques (Egine et métopes du Parthénon) au Nord la galerie grecque (statues de l'acropole), à l'Ouest la salle d'Olympie (et Athena Niké), puis l’amphithéâtre dont le mur en demi cercle est décoré d'une vaste composition représentant les artistes de tous les temps par Delaroche et enfin la salle de l'ornement (arc de Trajan). Au Sud était la salle romaine.
    Au premier étage au Nord était la salle des grands prix de Rome de peinture dont le plus ancien tableau datait de 1688 (Natoire, Vien, Fragonard, David,..) , à l'Ouest la salle du conseil avec des portraits et des bustes des professeurs de l'école et des académies de peinture (Le Brun, Rigaud, Jules Hardouin Mansart) et la salle Louis XIV. On trouve au Sud la salle des torses et la bibliothèque.  
  • Dans la salle de Melpomène, ses salles latérales Est et ses vestibules se trouvait la peinture..
  • La salle de Melpomène renferme les copies des grands formats  de Raphael, de la Renaissance italienne et de l'école espagnole, elle reçoit au moment des concours les œuvres des élèves. Les quatre salles latérales Est contiennent des relevés  de fresques d'Ypermann, des reproductions de tableaux des musées d'Europe ainsi que les prix Jauvin d'Attainville  de peinture d'histoire et de paysage. 
    Les salles Ouest reçoivent les oeuvres des prix de Rome de sculpture et de médailles.
    Les vestibules contiennent des relevés de fresques de Giotto contrastant avec des peintures de Raphaël


Une esquisse d'un musée des copies avait été créé par Charles Blane au palais de l'industrie en 1873, la salle de Melpoméne réalisait alors ce musée. L'accrochage ne semble pas être guidé par une logique mais par la volonté de couvrir entièrement les murs en ne laissant pas d'espace libre. Il y avait dans cette salle une présence massive des maîtres italiens de la renaissance, mais aussi quelques Velasquez, Holbein, Rubens, Rembrandt, Poussin ( le martyre de St Erasme) ...
Il faut aussi noter les collections de dessins de maîtres et d'architecture, les collections anatomiques et photographiques de la galerie de morphologie.
1920 marque la fin d'un enseignement s'appuyant sur les maîtres de la Renaissance et de l'antiquité. Les "chers maîtres", peintres officiels dont les peintures ornaient le musée du Luxembourg, cèdent la place à une génération plus moderne.
Le point culminant du désintérêt pour ces vieilleries sera atteint en Mai 68 ou on ira jusqu'à barbouiller ou détruire. La plupart des plâtres sont actuellement dans les sous-sols ou dans les écuries de Versailles.
Aujourd'hui se repose le problème du  statut des musées de "reproductions" (Crystal Palaceplâtres du musée Delaporte, musée de la sculpture comparée,  cast courts Victoria & Albert,...) qui ont toujours été  méprisés par les spécialistes et seulement soutenus par des "enseignants" ou des  "vulgarisateurs" (Viollet le Duc, Jules Ferry, Samuel Laing, Delaporte, Duban). La dispersion en 2006 par Sotheby's des plâtres du Metropolitan Museum of Art laisse mal augurer de l'avenir.

Sites et références

Coupe Nord Sud sur la cour vitrée. A gauche les colonnes de Jupiter Stator et la grande statuaire romaine,  au centre les Dioscures du Capitole et du Quirinal, à droite un angle du Parthénon et la grande statuaire grecque (on avait probablement choisi un angle dorique pour montrer les triglyphes d'angle qui rendaient difficile leur interprétation comme souvenir de l'extrémité de poutres en bois du plafond. Coupe Est Ouest de la cour vitrée.
A droite les chevaux de St Marc.
Dans son cours d'architecture Julien Guadet ( qui fut ennemi de Viollet le Duc et auteur de la Poste du Louvre) insistait sur la nécessité d'utiliser pour les galeries à éclairage zénithal l'orientation Nord Sud afin de ne pas avoir trop de différence d'éclairage dans le journée.  
La cour vitrée en 1900Les rescapés de la cour vitrée stockés dans les Petites Écuries à Versailles
La salle Melpomène. Au fond la statue éponyme, à droite l 'assomption du Titien et l'école d'Athènes, au plafond les sibylles, à gauche la cène du couvent St Salvi.
Aujourd'hui la statue a disparu ainsi que l'école d'Athénes trop dégradée. Le parquet a été recouvert de dalles amiantées dans les années 70.
L'autre extrémité de la salle Melpomène aménagée récemment par  Neufville Gayet
Depuis la pluie a continué de ruiner le mur au dessus "d'Attila chassé de Rome" qui pourrit doucement.
Le vestibule de la salle MelpomèneLe belvédère de Neufville Gayet dans le vestibule privé de ses toiles.
Les arcades branlantes de l’hôtel de Torpanne confrontées au bâtiment provisoire de l'école d'architectureLa cour vitrée, comme la chapelle, sont utilisées pour des "événements"

Les musées de faux

La cour égyptienne du Crystal PalaceVue intérieure de L'Architectural Museum à WestminsterCast Courts au V&A. Le portail du stupa de Sanchi

En Occident une copie est considérée comme un faux.

 Il n’en était pas de même dans la Chine ancienne ou au contraire la copie des anciens maîtres était un hommage qui leur était rendu. Ceci s’explique probablement par l’absence de marché de l’art  car le peintre, le critique et le collectionneur étaient confondus et la transmission d’œuvres d’art ne se faisait guère que par des « cadeaux ». Nous devons à la pratique de la copie de connaitre les peintures de la chine des premiers temps alors que les originaux ont disparu (il en est largement de même pour la statuaire grecque).
De nos jours la copie est méprisée par tous les spécialistes (il est remarquable que pour un art créé sur une technique de diffusion comme la photographie on vende des tirages « originaux »)(1)

La copie est seulement admise dans un but pédagogique ou pour la distraction des masses.

Au XIX e siècle tout le monde ne pouvait entreprendre son « voyage en Italie » alors que l'art était principalement considéré comme une continuation de l'Antiquité et de la Renaissance. Toutes les écoles d’art eurent donc leur collection de plâtres et de copie de peintures ( Royal Academy, Berlin, Beaux-Arts).
Ce siècle sera aussi  celui des musées, plus de six cents seront créés dans toutes les villes de France.
Il y a au début deux courants opposés:

  • Les critiques et "vrais" amateurs d'art qui ne tolèrent que les originaux (1),
  • Les "éducateurs" qui trouvent que les copies permettent l'accès à l'art à un large public(2).
Assez vite ce sera le premier courant qui triomphera en imposant d'abord la séparation entre musée d'originaux et de copies (3) et ensuite en marginalisant ces derniers.

Les musées de moulages apparurent d’abord en Angleterre ( Architectural MuseumSloane et Cottingham), puis en France avec le musée de la sculpture comparée -rêvé par Viollet le Duc- et le musée Indochinois de Delaporte. Le musée du Trocadéro a survécu ainsi que les Cast Courts du Victoria & Albert mais beaucoup de moulages ont disparus (le Métropolitan Museum of Art a vendu ses plâtres en 2006).

Le plus notable musée de copies fut le musée du Crystal Palace reconstruit à Siddenham ou ne série de cours faisait revivre l’ambiance de l’Egypte, de la Grèce, de Rome, de Pompéi, de l’Alhambra, de la Renaissance, de la Chine…. Ce musée aurait intéressé un  public populaire s'il n'avait été fermé le dimanche -seul jour de repos- sous la pression des ligues anglicanes. Il disparut définitivement à la suite d'un incendie en 1936.

En France il y eut au palais de l'industrie un "musée des copies" ouvert en 1873 par Charles Blanc (directeur de l'école des Beaux arts). "Ce musée universel... renferment des copies excellentes , des moulages parfaits et des épreuves de choix de tout ce qu'il y a de beau dans le monde entier" . La critique se déchaîna accusant la qualité des copies , de vouloir tromper le public, pervertir le gout. (4) .... Le musée, privé du public "averti" et en l'absence de public populaire, du fermer rapidement.

A côté de ces musées, soutenus par une étroite frange de spécialistes et de professeurs, il y a les expositions grand public qui sont plus ou moins les descendantes des « curiosités » des grandes expositions universelles du XIX e siècle.
Une exposition grand public contemporaine est celle présentant la reproduction complète du tombeau de Toutankhamon. Au contraire des expositions sur Toutankhamon se déroulant dans les galeries nationales avec inaugurations par les ministres de la culture, celle-ci fut considérée comme une « attraction » tout juste digne du parc des expositions de la porte de Versailles.

Il y a maintenant un nouveau problème car l’évolution des techniques rend la copie très aisée (y compris en 3D) : il n’y a donc potentiellement pas besoin d’endroit dédié aux copies. Paradoxalement la pratique montre que le débordement de technologie actuel est en fait défavorable à la conservation. Des preuves me semblent être que l’internet est sans mémoire et que nos vieilles photos argentiques et nos films super 8 sont moins périssables que les supports informatiques. Une bonne précaution me semblerait donc de maintenir des lieux dédiés aux copies physiques (5).

Pour en revenir à l’école des Beaux-arts je pense qu’il y a deux options pour le futur:
• Déménager l’école sur un autre site et reconstituer le musée,
 • Assister à la lente disparition d’un ensemble de copies exceptionnelles.
J’ai bien peur que la seconde option ne soit inévitable.

  1. Avec une  exception cependant pour les copies très anciennes, telles les copies romaines d'originaux grecs ou les bronzes d'après l'antique de Fontainebleau commandés par François 1er au Primatice. Ces bons apôtres passent pudiquement sous silence le développement du marché de l'art.
  2. La tendance à "l'encyclopédisme" du XIX e siècle poussent les créateurs des modestes nouveaux  musées à "compléter" leurs collections par des copies.
  3. Le dernier musée Français qui mélangeait originaux et copies fut le musée Indochinois de Delaporte du Trocadéro qui montrait aussi bien un moulage d'une tour du Bayon que l'original de la  rambarde du temple de Preah Khan. Cette exception disparut en 1925 par le transfert des originaux à Guimet et le "stockage" des moulages.
    Le musée Vivenel de Compiègne comportait, dans l'esprit de son créateur, une partie " musée des études" avec des centaines de plâtres et des maquettes de monuments. Le musée existe toujours mais sa partie "études" est "stockée". 
  4. les critiques du XIX e siècle trouveront que l'argent de l'état serait mieux utilisé "à soutenir la création" ( c'est à dire les achats de l'état au Salon). Les critiques du XX e siècle utilisent un argument "progressiste": montrer de copies d’œuvres anciennes empêche le public de comprendre l'art contemporain censé être en rupture avec le passé. L'exposition "seconde main" au musée d'art moderne de la ville de Paris en 2010 présentant des copies d’œuvres modernes suscita un beau tollé. Libération titrait alors "musée des faux arts".
  5. Pour l'instant le seul art ou la copie physique est jugée utile  est l'art préhistorique ( Lascaux II)